Le sutemi ou la stratégie du sacrifice

L’Aïkibudo assure la pérennité, à haut niveau, de l’art du sutemi. Très spectaculaire, le sutemi représente un volet original dans la pratique de notre Art. Il apporte beaucoup de plaisir au pratiquant dès lors que ce dernier est parvenu à dépasser les difficultés des premiers apprentissages.
Le point de vue de Daniel Bensimhon, suivi d’un entretien avec Maître Floquet.
[Article paru dans la lettre du Cera n°17]

La technique spécifique du sutemi n’est abordée qu’à partir du premier dan, car elle suppose de la disponibilité corporelle et un vécu déjà important en Aikibudo. Donc, dans le programme du deuxième dan, l’on peut trouver le début du Kihon sutemi comportant trois techniques qui sont des han sutemi (demi sutemi) dans lesquelles le pratiquant vient mettre un genou au sol pour renverser son partenaire. Au programme du troisième dan, le Kihon sutemi devient complet et se rajoutent trois autres techniques de sutemi dans lesquelles tori vient se poser intégralement au sol. C’est donc, et jusqu’au troisième dan, assez peu de techniques qui peuvent être exigées lors de passages de grades.

Quand l’utiliser

C’est essentiellement sur des attaques en distance ma (et principalement sur tsuki chudan) que l’on doit effectuer les sutemi et c’est ainsi qu’ils doivent être montrés dans la majorité des cas. Cependant, dans certains cas particuliers de kaeshi wasa, certains sutemi se prêtent particulièrement au renversement et peuvent déboucher sur une immobilisation au sol. On mesure ici l’influence du Judo dans ces techniques avec tous les travers que cela comporte.

Comment le pratiquer

L’aspect essentiel du sutemi est de créer chez uke une impossibilité de se stabiliser à l’issue du déséquilibre. Cette notion se retrouve également dans d’autres types de techniques mais c’est d’autant plus vrai pour le sutemi puisque tori vient se mettre au sol et peut se trouver de ce fait en position de faiblesse. De plus, la projection du partenaire est due uniquement à un jeu de déséquilibre et non pas à une quelconque clé articulaire compensant parfois un déséquilibre insuffisant ou un retard dans le déroulement de la technique.

Dans cette idée de sacrifice, tori doit toujours chercher à tonifier son corps, à le tendre et à ne pas venir s’asseoir sur le sol. Dès qu’il casse son corps, il cesse de dynamiser son partenaire et risque de ne pas réussir à le projeter.

Il lui faut être le plus possible collé à son partenaire pour que sa masse corporelle l’entraîne sans lui laisser la possibilité de se récupérer; un espace trop grand entre les deux peut permettre à uke de fléchir son corps, de descendre son centre de gravité, de renforcer ses appuis au sol et d’annuler ainsi le déséquilibre qu’il vient de subir. Tori, en cherchant à se “sacrifier”, risque fort d’être le seul à se retrouver au sol, ce qui n’était pas prévu initialement. Cependant, ces principes ne s’acquièrent pas immédiatement et demandent des phases de décomposition.

Comment l’aborder

Il n’est pas facile de décomposer ce genre de technique mais uke peut permettre d’y parvenir. Prenons l’exemple, comme sur les illustrations ci-dessous, de ude kake sutemi qui est une technique très éducative.

Tori saisit le bras du partenaire et vient accrocher son propre col pour être sûr de bien entraîner uke. Il se met ensuite en déséquilibre avant, de façon à venir poser sa tête contre la poitrine du chuteur. Son corps est à ce moment tendu et devra le rester jusqu’au bout. C’est souvent à ce moment que réside la difficulté de réalisation. Uke doit s’efforcer de retenir le plus longtemps possible tori avant de chuter afin que ce dernier parvienne à corriger son attitude. La tête du pratiquant a beaucoup d’importance car c’est elle qui donne la direction de la chute. Tori regarde donc où il veut entraîner uke, de ce fait son corps tourne et canalise le chuteur.

A aucun moment tori ne laisse se créer d’espace entre lui et le partenaire. Quand son corps tourne sur un plan horizontal, le bras étant depuis le début solidement accroché, uke devient solidaire de tori. Le fait de venir poser son corps au sol entraîne inévitablement uke dans sa chute au-dessus de lui.

Ce mouvement effectué lentement devra être fait sans aucun temps d’arrêt, en ayant toujours à l’esprit que le partenaire doit rester en déséquilibre, ce qui est une condition fondamentale pour parvenir à le projeter. Le “timing” donne la crédibilité au mouvement ; en effet, le partenaire doit se sentir entraîné continuellement vers la chute, sans jamais pouvoir se récupérer. La technique est alors fluide, harmonieuse, souple, tout en gardant la part d’efficacité qui lui est propre.

Pour se relever, tori doit garder au sol ses appuis latéraux et ne pas venir s’asseoir. Il bascule sur le ventre et se retrouve en kamae. C’est un moyen rapide et esthétique de reprendre sa position debout après l’exécution de la technique.

Comment chuter

Pour éviter les risques d’accident, le principe élémentaire est que uke chute systématiquement sur le bras qui est tenu. Sur les photos, on voit bien que la chute s’effectue à droite car la technique a été faite sur le bras droit. C’est une règle essentielle et tous les sutemi satisfont à cette dernière.

Le chuteur doit être très disponible et s’efforcer de suivre le mouvement sans se raidir. De cette aisance dépendra la qualité de sa chute ainsi que la compréhension de la technique.

Daniel BENSIMHON

«L’art de sacrifier stratégiquement sa verticalité en tant que méthode de projection»

Maître Floquet, qu’est-ce qu’un sutemi?

Conventionnellement, il se dit que c’est “l’art de sacrifier son équilibre pour projeter son adversaire” (ou son partenaire). Pour l’exécutant (le pratiquant), c’est un mouvement qui va consister à lancer, “projeter” sa masse corporelle, à laquelle il appliquera éventuellement une rotation plus ou moins ample autour de son grand axe vertical, vers le sol et selon une trajectoire avant, latérale ou arrière, en y associant solidairement et périphériquement le corps de son partenaire pour l’entraîner et finalement le projeter sous le double effet de la force de gravité ainsi accélérée, et de la force centrifuge ainsi produite.

Le terme “sutemi” est communément traduit, dans la littérature classique consacrée aux arts martiaux, par: “projection en sacrifice” ou “se sacrifier pour projeter son adversaire”; notez que cette dernière traduction n’est pas sans évoquer la notion de kamikaze qui, pour sa part, est générée par l’éthique du Bushido. Cependant, sur un plan plus pragmatique, dans un combat un contre un, se sacrifier pour entraîner l’adversaire dans sa chute, ou dans sa perte, n’est pas d’un grand bénéfice. La notion du “tout ou rien” que sous-tend ce concept est opposée aux valeurs techniques du Budo

Il est plus juste et plus Budo de définir le sutemi comme étant l’art de sacrifier stratégiquement sa verticalité en tant que méthode de projection. Cette notion est plus juste d’un point de vue pédagogique d’une part, et d’un point de vue technique d’autre part. Car premièrement, lors de l’apprentissage, les premiers sutemi s’effectuent sans se projeter au sol, seul l’un des genoux y est porté, ce sont les han sutemi, et deuxièmement, le changement d’orientation du grand axe vertical du corps est contrôlé, ce n’est pas un déséquilibre proprement dit, c’est un changement du plan de cet axe vertical sur une trajectoire choisie et contrôlée

Qu’elle est l’origine des sutemi ?

Son origine procède, tout comme celle des autres techniques d’arts martiaux, de l’activité humaine et des capacités de l’homme à s’adapter aux évènements et à s’en enrichir. Comme la plupart des techniques fondamentales, le sutemi est naturellement né d’un mouvement fait par hasard, opportunément, puis volontairement reproduit et modélisé en principe. En ce qui concerne notre histoire, celle de l’Aikibudo, l’art du sutemi y est présent dès l’origine, à travers l’une des composantes historiques: le Yoseikan Shinto Ryu. Ici, je me permets d’ajouter que le Yoseikan Shinto Ryu et l’Aikibudo assurent la pérennité, à haut niveau, de l’art du sutemi. L’introduction du sutemi dans le programme de l’Aikido-Jujutsu du Yoseikan (dénommé Yoseikan Shinto Ryu) est l’œuvre du Maître Minoru Mochizuki, qui avait étudié ce domaine particulier du Judo avec le Maître Kyuzo Mifune, dont il fut l’élève particulier.Le Maître Kyuzo Mifune, 10e dan Kodokan, était un des grands noms du Judo Kodokan de la première moitié du XXe siècle, et parmi ceux-ci, le spécialiste du sutemi à la technique d’une grande finesse et au style proche de notre Aïkibudo. Ce grand sensei est décédé dans les années 60. Il était de mon devoir de préserver ce patrimoine traditionnel et moderne dans l’œuvre Aikibudo.

Si l’on se réfère au contenu des programmes de passage de grades d’Aikibudo, on constate que les sutemi commencent à apparaître, et seulement sous la forme des han sutemi, à partir du deuxième dan; comment expliquez-vous la place, que l’on pourrait se hasarder à qualifier de “tardive”, des sutemi dans l’apprentissage de l’Aikibudo?

En premier lieu, je dirai que l’apprentissage du sutemi se situe, tout naturellement et logiquement, du point de vue pédagogique, après l’apprentissage des bases de l’Art Aikibudo. L’esprit, le style et la forme de corps qui constituent le fond de l’Aikibudo ont été générées par l’Art du sabre. A contrario, l’art du sutemi est né de la lutte au corps à corps.

La technique du sutemi, pour être appliquée dans la forme et dans l’esprit de l’Aikibudo, doit au préalable être adaptée à ses principes de base et n’intervenir qu’après l’acquisition confirmée de ceux-ci. La pratique prématurée du sutemi, qui se résume souvent à un corps à corps de combinaisons complexes et ludiques, conduirait infailliblement à un étouffement du style, de la forme, et donc de l’esprit de l’Aikibudo. C’est d’ailleurs, bien malheureusement ce qui s’est produit au Yoseikan, où le sutemi a insidieusement étouffé le style et la technique Aiki recréant en ses lieux et places le style Judo. Pour notre Aikibudo, ce danger est heureusement écarté gràce à la conscience pédagogique de tous les enseignants de notre école.

Le sutemi est un élément prestigieux de notre programme technique au sein duquel il occupe une place tout à fait particulière. Cependant, je précise en insistant avec fermeté que le sutemi n’intervient pas dans l’apprentissage de l’Aikibudo. Il n’est adapté et exploité dans la pratique qu’après l’acquisition confirmée des bases qui procèdent de l’édification de l’aikibudoka. Dans le cadre de cette exploitation, il participe au renforcement des qualités physiques et mentales du pratiquant et met à sa portée une riche panoplie de techniques spécifiques.

Ces techniques, qui, mal exécutées, ne sont pas exemptes de danger, nécessitent une certaine expérience, tant de la part de l’exécutant que de celle du chuteur. Cela seul suffit à ne motiver l’inscription des sutemi au programme général Aikibudo qu’à partir du deuxième dan pour les han sutemi, et du troisième dan pour les suivants

Dans ses bienfaits éducatifs, la pratique du sutemi qui n’est pas aussi aisée qu’on pourrait le penser à la simple observation, et dont la chute ne se subit pas sans une certaine appréhension, aguerrit le yudansha et apporte à sa formation sur les plans psychologique et physique. En matière de défense, notamment contre plusieurs agresseurs, le sutemi n’est pas particulièrement recommandé du fait qu’en sacrifiant sa position verticale, on perd sa position de garde et de sécurité, et qu’en se jetant au sol on se met soi-même en position d’insécurité.

Je profite de l’opportunité que m’offre cet entretien pour rappeler qu’en Aikibudo l’attitude doit demeurer verticale et que tout contrôle d’un agresseur au sol doit s’effectuer les mains libres en conservant cette disponibilité verticale. Dans l’attitude debout, le corps est droit (shisei), les épaules basses, la force dans les hanches et l’abdomen, jamais de force dans les épaules. Mais cela, vos lecteurs le savent tous déjà..

Propos recueillis en 2012 par Marie-José Mallet

La Lettre du CERA n° 47 (automne 2022)

La lettre du CERA n°47 est disponible dans l’espace adhérent

Au sommaire :

La suite et la fin de l’étude d’Arielle Pyard, consacré à la gestion mentale. Appliquée (dans le présent numéro) à l’apprentissage de l’Aïkibudo.

Toujours dans le domaine de l’étude et de la recherche, le travail de réflexion de Jean-Marc Epelbaum consacré au mouvement et au temps dans la connaissance de l’Aïkibudo.

Dans notre série « témoignage » celui de Anne-Marie Labbat, professeur à Dardilly et DTR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Anne-Marie qui nous invite à mieux la connaître et à apprécier son parcours.

La suite de notre feuilleton « Les aventures de Takeko » épisode 3, imaginé et écrit par Céline Peker.

Sans oublier le « Mot du Fondateur » consacré à un souvenir avec le Maître Minoru Mochizuki lié à une anecdote historique, bien explicite et révélatrice de secrets de l’Aïkibudo (en français et en anglais).

Bonne lecture à tous et bonne fin d’année.
Rendez-vous en 2023 pour un nouveau numéro

Le mot du fondateur Alain Floquet : Le Kendo

Le kendo a toujours été l’occasion d’échanges enrichissants avec Maître Minoru Mochizuki. Quelques années après les championnats de kendo auxquels j’avais participé en 1970 à Tokyo, lors d’un agréable moment de partage en présence du professeur Ishikawa Kazuhide (professeur de français à Shizuoka et ami de Maître Minoru Mochizuki), on parla de compétition, de Budo et de sport.

À cette occasion, le Maître me rapporta que Tokugawa Ieyasu (l’un des administrateurs des Toyotomi) avait invité l’escrimeur Sekishusai Yagyu, du village de Yagyu, à démontrer les secrets de son art devant les généraux et officiers de son clan, ce qu’il accepta et fit avec Mataemon Munenori, son cinquième fils.

Impressionné par la démonstration, Ieyasu décida d’attaquer Sekishusai. Bokken en main, il engagea le combat. Sekishusai s’élança et pénétra vivement dans sa garde. Il le contrôla aisément avec sa main et son coude et le désarma en utilisant le principe essentiel de l’art de l’épée de l’école Yagyu.

Ieyasu et les guerriers présents admirèrent l’action mais s’étonnèrent qu’il n’avait fait que désarmer son adversaire sans conclure par le geste final et symbolique qui représentait la mise à mort, geste accompagné du kiai “Toh”, comme dans les kata. Sekishusai expliqua qu’il était facile d’achever un adversaire d’un coup de sabre, mais que cette mort engendrerait certainement une vengeance, ce qui en amènerait une autre, suscitant un cercle vicieux de violence sans fin. Ces vendettas étaient courantes à cette époque troublée de guerres civiles. Elles étaient la cause principale des souffrances du peuple et notamment des paysans. Escrimeur parvenu à une grande sagesse, Sekishusai était convaincu que si l’on arrivait à vaincre l’ennemi sans le tuer, même en prenant quelques risques, on tenait là un moyen d’établir une base solide pour la paix. Il démontra ainsi le principe essentiel de l’art de l’épée de l’école Yagyu, Muto dori mitsu no kurai. Suite à cet exploit, qui manifestait un grand sens d’humanité, Ieyasu engagea le fils de Sekishusai, Mataemon, au titre de hatamoto (garde officiel d’un seigneur ou d’un shogun). Par la suite, Mataemon devint préfet du département de Yagyu.

Se jeter sur l’adversaire pour vaincre tout en prenant des risques se nomme : sutemi (littéralement : « sacrifice »). C’était là tout son art. C’est également le principe de l’aïki qui est mis en œuvre dans cette action. Lors de l’un de nos échanges épistolaires, Minoru Mochizuki sensei évoqua cet état et m’écrivit : « Lorsque tu surveilles un individu malfaisant qui va commettre une agression, tu interviens immédiatement, sans calcul, le maîtrisant avant que toute chose puisse mal tourner. Cela, professionnellement, tu l’as connu de bonne heure. C’est encore cela l’aïki, le principe de l’aïki. Et l’esprit suprême de l’aïki, c’est irimi. Entrer et décider après « .*

* Alain Floquet, Budo en partage, Budo Ed. 2022

Les livres d’Alain Floquet

Ces livres sont disponibles dans les meilleures librairies

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« L’art martial n’a, aujourd’hui, de sens réel que s’il conduit sereinement et harmonieusement une vie jusqu’à son achèvement dans la connaissance, le partage, l’amour et la paix.
L’aïkibudo dépasse le stade de simple plaisir physique pour atteindre celui d’une science humaine et d’un art. Sa valeur dépend de celle de l’homme qui le pratique et non de l’aïkibudo lui-même. »

C’est ainsi que maître Floquet résume dans son dernier recueil, Pensées en mouvement, l’esprit et la finalité de la pratique martiale, insistant sur la voie humaniste de l’art de l’aïkibudo.

Aïkibudo, la voie de l’harmonie par la pratique martiale est l’édition réactualisée et enrichie d’un livre épuisé depuis plusieurs années. Dans cette nouvelle version, Alain Floquet présente les connaissances fondamentales de son art ainsi que le programme technique jusqu’au 1er dan.

Celui-ci apportera aux aïkibudokas confirmés de nouveaux éléments sur l’histoire de leur pratique tout en restant, pour les débutants, un outil précieux, véritable aide-mémoire les guidant dans leur évolution jusqu’à la ceinture noire.
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« On ne comprend pas toujours la langue ou les propos des maîtres, mais en revanche, ce que montre leur corps est limpide comme l’eau d’une source, celui-ci a assimilé tant de choses et depuis si longtemps… »

C’est ainsi qu’en formules condensées, maître Alain Floquet, lucide et toujours passionné, nous livre le fruit d’une longue méditation sur la pratique de l’art martial et son support mouvant, en perpétuelle construction : l’union du corps et du mental.

Avec ces textes courts et percutants, le lecteur pénètre la pensée qui anime le créateur de l’aïkibudo, art du mouvement qui séduit par son alliage de puissance, d’efficacité et d’esthétique gestuelle.
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Dans cet ouvrage, il aborde tout d’abord le phénomène de la peur, sa cause, ses principaux effets et comment les limiter. L’auteur indique également comment se défendre en restant en harmonie avec la légitime défense, et rappelle ce que chacun devrait connaître sur les éléments du Code pénal qui la définissent, avec des exemples se rapportant aux actions de défense. Ces notions de base mises en place, il démontre les principaux atemi (coups frappés) utiles et discrets, et dénonce les frappes à grand spectacle du cinéma karaté, en indiquant comment, où et avec quoi frapper pour annihiler un adversaire, le faire renoncer à son action, ou tout simplement pour permettre l’application d’une prise (ou technique) de défense plus sophistiquée. Appréciez l’utilité vitale de cet ouvrage qui, un soir, peut vous sauver la vie par le seul souvenir de ses conseils.

1959 -2009 Un jubilé d’Aikibudo hors norme

A parcours exceptionnel, il fallait un événement exceptionnel. Trois jours ! Trois jours durant lesquels plus de 350 pratiquants d’Alkibudo se sont relayés lors des différents cours qui ont eu lieu les 8, 9 et 10 mai 2009 à l’Institut du Judo à Paris pour célébrer leur « sensei », comme ils ont coutume de l’appeler, et ses 50 années de ceinture noire. 1959-2009.

affiche du jubilé

Un jubilé, comme l’a rappelé Didier Ferrier, c’est d’abord un moment de joie à l’occasion d’un anniversaire. Et test un demi-siècle de vie consacré à la recherche et à la découverte du budo japonais qui fut l’occasion de ce joyeux rassemblement d’aïkibudoka, venus des quatre coins du monde : de France bien sûr, mais surtout de Tchéquie, de Suisse, d’Italie, du Portugal, de Lettonie, d’Ukraine, de Hollande, de Belgique, de Tunisie, du Maroc, de Russie, du Canada et même de Nouvelle- Calédonie !
Trois jours durant lesquels maître Alain Floquet et ses kodansha (les « anciens ») offrirent à tous un moment exceptionnel de pratique, de retrouvailles et de partage.

Alain Floquet et les stagiaires devant le kamiza

Un parcours hors du commun

Le 3 mars 1959, un jeune homme de 19 ans, Alain Floquet, élève de Jim Alcheik, reçoit son 1 er dan d’Aïkido-jujutsu du Yoseikan. Trois ans plus tard, suite à la disparition prématurée et tragique de son professeur, le jeune Alain Floquet, alors plus jeune 2ème dan de France, contacte le maître Minoru Mochizuki pour lui faire part de ses craintes d’explosion du groupe lui faire part de ses craintes d’explosion du groupe qui s’était construit autour de Jim Alcheik. Le maître Mochizuki propose alors la venue de son fils Hiroo pour prolonger durant quelque temps l’Œuvre initiée par Jim Alcheik.
Dès lors, l’Aikido du Yoseikan prend un essor considérable. En parallèle, l’Aikido de l’Aïkikai se développe également en France, notamment sous l’impulsion d’André Nocquet et de jeunes maitres venus du Japon. Ce petit monde se connaît, se côtoie, tente parfois de travailler ensemble malgré les différences et parfois les oppositions. Et parmi eux, le jeune Alain Floquet se distingue déjà par son talent, son charisme et ses qualités humaines. L’un de ses plus anciens élèves, Alain Roinel, aujourd’hui 7e dan, confia un jour qu’à cette époque, il y avait pléthore de jeunes pratiquants passionnés d’arts martiaux, soucieux de se faire une place, d’apprendre, de découvrir et de transmettre. Mais Alain Floquet avait quelque chose de plus, il portait en lui quelque chose d’inexplicable : une espèce de génie.
De même, l’un des anciens de l’Aïkibudo, André Tellier 6e dan, se plaît à raconter que lorsqu’il rencontra le jeune Alain Floquet à la fin des années 1960, il fut totalement subjugué, à l’occasion d’un passage de
grade, par son charisme, sa gentillesse, sa disponibilité et son sens de la pédagogie.
Dans tous les domaines des arts et de la connaissance. il est des individus qui sont doués ; mais il en est d’autres qui vont au-delà même du talent.
Ce sont des créateurs. Alain Floquet est de cette trempe. Dès le début, il exigea de ses pratiquants qu’ils soient des « budoka complets » , s’astreignant lui-même à une pratique quasi quotidienne de l’Aïkido Yoseikan, du Kendo, du Karaté. En 1970, il participa avec brio aux premiers championnats du monde de Kendo à Tokyo.
Grâce à sa rencontre avec le maître Minoru Mochizuki à partir des années 1970 et à la relation quasi filiale qu’ils entretinrent, il se dirigea peu à peu vers le budo traditionnel japonais, le Katori shintô ryu avec maître Sugino Yoshio puis le Daito ryu Aki-jujutsu avec maître Takeda Tokimune.
En parallèle, son expérience de terrain – et de formateur- dans la police lui permit d’avoir une approche pragmatique et réaliste du budo et une connaissance profonde du combat, tant dans sa dimension sportive que dans les situations difficiles ou à risques de sa vie professionnelle.
Ainsi, lorsqu’en 1980 maître Mochizuki demandera à maître Floquet, lors d’un cocktail organisé par l’UNA FFJDA, de renommer la discipline qu’il enseignait et avait fait évoluer, celui-ci choisit le terme d’ « Aïkibudo » art dont l’Aïkido-Jujutsu du Yoseikan est l’élément structurel fondamental. Maître Floquet reçut alors l’accord de tous les présents et surtout de maître Minoru Mochizuki, instant capital puisqu’il confirmait la reconnaissance accordée par le maître et donnait toute légitimité à son art et à son école.
De fait, l’Aïkibudo (tradition et évolution) n’est pas une « synthèse » construite sur un « mélange » de l’ensemble des enseignements dont Alain Floquet
avait bénéficié ; c’est véritablement le fruit d’une expérience multiple, d’une démarche particulière initiée dès 1974 au sein du CERA, dont découla un art spécifique, marqué par l’expérience et la personnalité de son initiateur.
Il y a peu de temps, il indiquait lors d’une interview : « Pour comprendre comment est né l’Aïkibudo, il faut comprendre que c’est l’histoire d’une vie, de circonstances et d’événements. Ce n’est en rien une compilation de différents arts martiaux. »
Lors du jubilé, Alain Floquet a souligné, comme il l’a toujours fait, l’importance de ceux qui l’ont accompagné dans sa démarche : les plus anciens qui diffusèrent son art en France et dans le monde, ceux qui l’accompagnèrent dans la découverte des écoles traditionnelles japonaises, ou encore ceux qui, de façon indispensable, l’aidèrent à faire vivre officiellement et administrativement sa pratique.
II faudrait bien plus que ces quelques pages pour décrire tout ce parcours et cette histoire, mais lorsqu’en 1990, le grand maître Yoshio Sugino lui remit à Bercy, au nom de maître Minoru Mochizuki et de la Fédération Internationale de Nihon Budo, le 8e dan d’Aïkibudo et le titre de hanshi- « homme modèle », c’est le parcours d’un homme exceptionnel et son école qui furent reconnus en tant que tels.

A Floquet et Sakai Kohe

Un art de vie

Le jubilé d’Alain Floquet a donc été l’occasion de marquer ce parcours hors du commun. Pendant trois jours, au sein de l’Institut du Judo, les stages se succédèrent, rassemblant un nombre impressionnant de pratiquants. Parfois l’espace manquait mais tous avaient le sentiment de vivre un moment d’une intensité exceptionnelle. Et chaque fois, le maître se montra  soucieux de rappeler les bases fondamentales de son enseignement. L’Aikibudo est un système cohérent physiquement et physiologiquement. Pas d’opposition, de tension, mais la recherche d’un mouvement réaliste parce qu’obéissant aux lois de la physique et de la mécanique corporelle. L’Aïkibudo est une sorte d’horlogerie et les partenaires fonctionnent comme des rouages qui s’entraînent l’un l’autre. Que ce soit dans la pratique à mains nues ou avec armes, c’est toujours cette cohérence vis-à-vis des lois physiques et physiologiques qui doit guider le pratiquant. Le travail va toujours dans le sens d’une recherche de perfectionnement où la violence et la brutalité s’effacent peu à peu face à la maîtrise des lois naturelles.
Et c’est peut-être là le plus grand génie de l’Aïkibudo ! Aïki et budo, deux termes a priori opposés : aïki, l’union des énergies, la force vitale et créatrice qui génère la vie ; budo, l’art martial, issu de la tradition guerrière dont le but premier était de tuer pour survivre. L’Alkibudo est l’union de deux forces que tout semble opposer. L’art de combat devient un art de paix et canalise nos pulsions premières, parfois destructrices, pour faire un outil de communication, d’échange, de partage et d’amitié.
C’est ce que rappela, non sans émotion, Frédéric, le fils d’Alain Floquet, lors d’une cérémonie officielle regroupant ceux qui, pour la plupart, accompagnent leur « senseï » depuis plus de vingt ans.
Cette cérémonie ou « commémoration martiale » a été officiellement ouverte par MM. Maxime Delhomme, président de la FFAAA, Didier Ferrier, président de la co-discipline Aïkibudo, à l’issue d’un tir cérémonial et traditionnel de Kyudo par maître Michel Martin. ElIe s’est déroulée sous forme d’un bref historique de la vie martiale de maître Floquet, ponctué par de nombreuses démonstrations de budo, aussi exceptionnelles les unes que les autres, sous l’œil vigilant des représentants des fédérations de budo japonais comme le Judo, le Karaté, le Kendo, le Kyudo, l’Aïkido, le Kinomichi. Un grand nombre d’experts tels qu’ André Bourreau et Lionel Grossain, tous deux 9e dan de Judo, maître Noro Masamichi, l’équipe de France de Karaté championne du monde kata 2008, représentant M. Francis Didier, président de la FFKA-MA, Guy Choplain, 6e dan Judo et bien d’autres, entourés de personnalités telles que M. Kobayashi, chef de cabinet de son Excellence l’ambassadeur du Japon, M. Nakagawa Masateru, président de la Maison du Japon, M. Sakai Kohé, magistrat 1er secrétaire de l’Ambassade du Japon, M. Claude Jalbert, fondateur CERA et FFAAA, M. Michel Chauveau, inspecteur Jeunesse & Sport, M. Raymond-Yves Cairaschi, représentant le CDOS, M. Claude Camus, président de I’Association Sportive de la Police de Paris, purent apprécier le portrait de maître Floquet, relaté par son fils Frédéric, qui sut avec humour, rendre cette heure et demie d’histoire on ne peut plus passionnante. Tous purent encore apprécier la magistrale Interprétation à la guitare classique de Sakura par M. Philippe Etienne, yudansha d’Aïkibudo du club de Grigny. La cérémonie fut conclue par un discours (en français !) de M. Prema Svoboda, président tchèque de la FIAB ainsi que d’un très touchant message d’amitié dicté par le cœur d’André Bourreau, ancien directeur de l’Ecole Nationale de Judo de l’INS représentant officiellement M. J.-L. Rougé, président de la fédération de Judo.

Didier Ferrier et Maxime Delhomme

L’Aïkibudo, plus qu’un groupe, une famille

À l’issue de cette cérémonie, plus de 350 personnes se retrouvèrent gaillardement pour fêter l’anniversaire du maître au clubhouse du stade Charléty. Ainsi, autour de grandes tables pleines de victuailles, de cotillons et de larges sourires, se sont retrouvés tous les élèves autour de leur maître, qui allait et venait entre toutes les langues et les cultures. C’est ensuite au premier étage du bâtiment, qu’au travers d’un chemin dessiné par ses élèves, maître Floquet souffla par dessus 18 gâteaux ses 50 bougies d’anniversaire ! Et comment ne pas avoir une pensée émue pour celle qui, depuis 1959, accompagne sans relâche son époux dans cette aventure… et oui, il fut offert à maître Floquet et son épouse un deuxième voyage de noces pour leurs 50 années de mariage!
À l’issue des trois jours, un dernier cours fut proposé pour les hauts gradés. Alain Floquet, visiblement inspiré par ces trois jours festifs, rappela aux anciens le sens de son message : l’amitié, la paix, le partage.
Quel que soit notre grade, il faut toujours pratiquer, chercher et progresser avec humilité : « Nous devons toujours retourner aux bases, aux fondements, à l’essentiel et accepter de redécouvrir, réapprendre chaque chose comme un simple débutant, quel que soit notre niveau ».
Ceux qui ont la chance de côtoyer Alain Floquet d’assez près savent qu’il est un homme simple, avec ses qualités, ses défauts et peut-être même ses failles, mais tellement humain. Rien de son parcours et de son expérience, pourtant exceptionnels, n’a altéré sa simplicité et son humanité, à l’instar de feu maître Takeda Tokimune qui, apprenant que le secrétaire de son dojo avait demandé à Alain Floquet et ses élèves de venir sur le tatami avec une ceinture blanche, arbora lui-même la tenue du débutant, saluant ainsi au même niveau ceux qu’il accueillait chez lui. C’est la même simplicité et la même gentillesse qui transpirent de ces trois jours et on ne peut que remercier son organisatrice Frédérika Plattner et son équipe d’organisateurs, Camille Linglin, Michel Serafin, Frédéric Floquet et Jean-Marc Epelbaum d’avoir orchestré si brillamment l’événement et de nous avoir permis de partager un moment si intense.

Masamichi Noro et son fils Takeharu avec Alain Roinel

Claude Jalbert

Ura No Kata : une histoire de renversement

Ura No Kata, n’est pas comme on l’entend souvent, un kata de contre. Maitre Alain floquet s’explique

Maitre, quelles sont les origines de Ura No Kata ?
Ura No Kata figurait dans le programme Aïkido-Jujutsu du Yoseïkan des années 60. Je ne peux pas dire s’il y figurait antérieurement car je n’ai jamais vu Jim Alcheik le pratiquer. C’est Hiroo Mochizuki qui avait introduit en France, en 1963, les premiers éléments de ce Kata qui, au Japon, était plutôt de style Judo. A partir de 1963, c’est ensemble que nous l’avons mis en forme, et c’est cette forme que j’ai préservée dans le programme Aïkibudo.
La forme quelque peu « Judo » de ce Kata était bien dans le style du maître Minoru Mochizuki. Je suppose que son objectif était, lors de sa création, la transmission d’un certain nombre de Kaeshi Wasa, ou tout au moins la transmission de l’idée du Kaeshi Wasa. En tout cas, c’est ainsi que je l’apprécie.

Littéralement, que signifie « ura No Kata », et pourquoi ne pas l’avoir nommé « Kaeshi No Kata » ?
Littéralement, « No Kata » signifie : « Le Kata de… » et ‘ ‘Ura » signifie: « revers ».
Cela ne veut pas dire grand-chose. Peut-être faudrait-il traduire ‘ ‘Ura » par « contraire », comme nous le faisions dans le passé, ou bien encore considérer « revers-Ura » par opposition à « avers-Omote », « face », le Kata des contraires. Ce qui sous-tendrait qu’il y ait toujours deux côtés, qu’une action ait son contraire.
Le nom actuellement employé au Yoseïkan de Shizuoka est « Hyori Ichi Jo No Kata », que je traduirais par « Ura-Omote, une seule et même chose ». Ce nom est, certes, plus complet que celui de « Ura No Kata » mais, cependant, pas plus explicite.
En fait, dans ce Kata, qu’est-ce que l’on pratique et démontre ? Des retournements ou renversements de situations. Il serait donc tout à fait logique de le nommer : « Kaeshi Wasa No Kata ». Mais tout comme la quasi-totalité du programme Aïkibudo, j’ai choisi de préserver le nom d’origine Yoseïkan, à priori par fidélité, reconnaissance et respect pour le Maître Minoru Mochizuki, puis, en second lieu, pour ne pas dérouter les anciens. Mais dans l’avenir, pourquoi pas…

Comment concevez-vous le Kaeshi Waza ?
Pour être précis, je dirais : « suite à la faiblesse de réalisation d’une technique qu’on lui porte, l’exécutant saisit l’opportunité que lui offre la dynamique des mouvements en cours pour renverser la situation, en enchaînant par le mouvement qu’il ressent comme étant le plus approprié à la circonstance ».
Je conçois le Kaeshi Wasa bien plus comme un concept, un principe (voire une méthode), que comme une technique, et, dans l’esprit de ce concept, le Kaeshi Wasa s’applique indifféremment aux deux parties en action, soit en renversement de l’action adverse sur la base de failles techniques (et non en contre), soit en renversement d’une situation d’échec, résultant, par exemple, d’une faute de déplacement, de placement ou de technique, en situation de réussite, par une nouvelle action effectuée dans le cours naturel de la dynamique des actions en cours, sans opposition.
Répétons que, dans l’esprit, il ne doit y avoir, en Kaeshi Wasa, ni opposition, ni blocage ou lutte. Cependant, le Kata, qui s’exécute dans la forme de la distance Chika Ma, doit exprimer la puissance au travers des saisies appliquées ou des techniques effectuées. Il n’y a pas contradiction car si la saisie est puissante, le Kaeshi Wasa est fluide.
Ces deux notions « puissance et fluidité », qui ne sont pas antinomiques, s’alternent tout au long du Kata dans les actions successives des deux partenaires. Chacun d’eux exécute tour à tour une saisie puissante et un dégagement fluide jusqu’à la projection de conclusion, le Kata Nage, qui est le dernier Kaeshi Wasa et le seul mouvement abouti de ce Kata.
Les exécutants doivent exprimer, dans leur présentation du Kata, beaucoup de Kime. Le maintien du Kime favorise celui de la concentration, du Zanshin, la vigilance.
Ce Kata a donc pour objet de fixer un certain nombre de Kaeshi Wasa et, au travers de ces quelques Kaeshi de base, de fixer, de préserver et d’enseigner le concept du Kaeshi ainsi que son principe d’application.
Dans ce Kata sont réunies certaines composantes de la pratique de base Aïkibudo : éducatifs, Te. Hodoki, techniques de premier dan et même Kata Nage du programme de quatrième dan.
J’ajouterai que, en plus de leur rôle de transmission des connaissances anciennes, ces Kata sont de précieux outils pédagogiques pour la pratique ordinaire, car ils mettent en œuvre des techniques courantes associées à des éléments fondamentaux de l’état d’esprit de la pratique martiale. En effet, cette pratique permet de lutter contre le laisser-aller qui résulte des habitudes de pratique en salle où, trop rapidement, le travail se vide d’engagement et perd de son sens martial, la forme de corps se relâche.

Ce Kata fait partie du programme du 4e dan (ndlr : désormais au 2ème dan ), néanmoins, pensez-vous qu’il puisse être enseigné 6 tous les niveaux ? Son enseignement ne doit-il pas être replacé dans la finalité de l’Aikibudo qui est de conserver l’unité et non pas d’amener une rupture dans l’échange, ce qui arrive lorsque l’on cherche « contrer » ?
Dès les débuts, il est enseigné qu’en Aïkibudo il n’y a ni opposition, ni contre, que la technique s’applique de manière systématique sur une attaque initiale et non dans un échange de coups ou dans une lutte d’opposition.
Une attaque = une technique de défense. Logiquement, si l’enseignement est correctement prodigué, dès les premières séances, l’élève est conduit sur le chemin de la canalisation des forces adverses.
D’ ailleurs, l’enseignement des Te Hodoki apportera la première expérience de cette voie où l’élève découvrira que l’opposition de force conduit à l’échec du dégagement.
Il n’y aurait donc pas d’impossibilité pédagogique majeure à enseigner le Kaeshi dans le programme du Ier dan.
Cependant, comme le Kaeshi Wasa est un outil de contrôle sur l’exécution de la technique, donc de maîtrise, il est stratégiquement et pédagogiquement normal, pour éviter qu’il soit détourné de son but, mal exploité, ou cause de confusion, de le réserver à l’usage des pratiquants expérimentés.

Ce Kata peut paraitre haché dans son expression parce qu’il y a des moments précis où l’on s’arrête afin de marquer une contrainte, qu’en pensez-vous ?
C’est vrai, mais c’est une impression visuelle due à l’image que projette Seme dans la fermeté de sa saisie qui va aller jusqu’au verrouillage. Cependant Nage n’est pas, en cet instant de saisie, physiologiquement à l’arrêt. Les éléments de son corps soumis à la saisie et à la force adverse se placent pour la déviation de celles-ci ; les jambes, les hanches, le Seika Tanden sont également en mouvement et concourent à la déviation.
Soulignons que Seme doit donner cette image de puissance et d’effort. Nage aussi devrait marquer cet instant où il reçoit la force adverse et ressent le contrôle articulaire de la prise.

Le Kata parait scindé en deux parties, est-ce exact ?
II y a effectivement une rupture de contact à un moment donné sur le dégagement de Do Gaeshi, mais ce n’est pas une rupture de Zanshin. S’il y a séparation physique, il y a une continuité mentale du Kata. La remise en œuvre, la reprise de contact se fait par l’intervention d’une autre attaque.
Par ailleurs, dans ce Kata l’énergie est mobilisée, à l’image de la houle marine, dans le corps ; temps forts et temps fluides se succèdent. On y exprime la force, la déviation de cette force, le mouvement de renversement de la force, mais sur le plan du film du déroulement mental du Kata, il n’y a pas d’arrêt.

Est-ce important de le réaliser en ligne ?
Non, il pourrait se faire autrement, mais il est classé dans les Kata en ligne. Dans cette forme, il oblige les partenaires à se repositionner à chaque mouvement de manière stricte et rigoureuse.

propos recueillis par Marie-José Mallet (lettre du CERA n°20 – 1998, semestre 1