Le mot du fondateur (novembre 2020)

La saison 2019/2020 avait bien dĂ©butĂ©, accompagnĂ©e de souvenirs rapportĂ©s d’un bel Ă©tĂ© de vacances, et pour certains d’entre nous, accompagnĂ©e de ceux des plaisirs de la pratique estivale de nos Arts, y compris mĂŞme de celle du Kendo.

La pratique dans nos dojos nous offre le plaisir de l’Ă©change technique, physique et mental avec nos partenaires, ainsi que celui de la convivialitĂ© qui nous unit dans ces moments-lĂ .
L’ensemble nous apporte ce lien social, source d’harmonie et de paix, tellement vital Ă  l’espèce humaine.

Mais voilĂ  ! DĂ©jĂ  en mars 2020 tout avait basculĂ© dans les consĂ©quences d’une terrible agression, de l’invisible et de l’impalpable, perpĂ©trĂ©e par le virus la « Covid 19 ».

A propos de ce virus et de ses conséquences dans la vie de tous et de tous les jours, vous trouverez dans les pages de la présente Lettre (ndlr : lettre du CERA n°42) un propos médical de très haute qualité, rédigé par Docteur Ludovic Strozyk, enseignant d’Aïkibudo et médecin du Comité Fédéral Aïkibudo FFAAA.
Son propos nous éclaire sur bien des points et rappelle les mesures de sécurité sanitaire qu’il convient, dans le respect de la santé de chacun, d’appliquer avec rigueur mais aussi avec discernement.

Ces gestes barrières et cette distance de sécurité sont des valeurs fondamentales de l’Aïkibudo. En effet, on peut associer les premiers à «zenshin» (la vigilance en toute circonstance) et la seconde à «ma» (espace de sécurité) associé au zenshin, qui induit dans le cas de ce virus et par prévention, la préservation de notre espace vital, et donc de notre intégrité physique. Le danger n’est pas le virus mais son porteur «l’Humain».

Dans son éditorial le Président Jean-Marc Papadacci vous présente le contenu de ce numéro de la Lettre du CERA (ndlr : lettre du CERA n°42). Je m’associe à lui pour remercier tous les auteurs qui ont contribué à son élaboration et à son enrichissement.

Mes pensées vont aussi vers nos amis disparus cette année. Ces disparitions m’attristent profondément, et je partage la douleur de leurs proches et de leurs amis.
Des nouvelles réjouissantes aussi, comme la validation du grade de 8ème dan d’Alain Roinel ainsi que la médaille d’or de Paul-Patrick Harmant ; je leur adresse avec grand plaisir et toute mon amitié, toutes mes félicitations !

En cette fin d’année, période traditionnelle de voeux, je souhaite que ce douloureux moment d’inquiétude sanitaire se termine, et que nous puissions commencer à vivre normalement une année de pratique dans le plaisir que nous offrent nos Arts !

Les enfants et l’AĂŻkibudo

« L’Aïkibudo est une école de vie dont le contenu est de nature à participer à l’édification d’un adulte apte à s’adapter au monde dans lequel l’enfant devra vivre. La pratique de notre art requiert de la persévérance, de la remise en question, de la discipline. Il enseigne le partage, le respect, l’acceptation de l’autre. » : ainsi s’exprimait Maître Alain Floquet en parlant des vertus éducatives de l’Aïkibudo.*

démonstration enfants au Maroc

Notre art, tout comme l’Aïkido ou le Kinomichi, demande en effet beaucoup de travail et d’opiniâtreté, ce qui est de nature à participer à la formation d’un enfant. L’Aïkibudo est une école de vie, dans laquelle les enfants trouvent le goût de l’effort, de l’humilité, dans des séquences où le partenaire participe à sa propre progression. Le partage et le respect de l’autre sont indispensables pour franchir les étapes. C’est en cela que l’Aïkibudo concourt à la formation d’un être tolérant, respectueux et disponible.

À l’inverse, les enfants nous renvoient par leurs émotions, leur joie et leur fierté de pratiquer, un immense bonheur. Animer un cours enfant est pour le professeur une tâche loin d’être évidente. Tous les professeurs de cours enfants ont en commun des qualités de patience, de bienveillance et de tolérance. Il faut à la fois allier les mêmes règles strictes du Reijiki que celles des adultes et en même temps laisser l’aspect ludique de la pratique pouvoir s’exprimer pleinement.

Le salut installe le calme et la concentration. L’échauffement peut très bien être le même que celui des adultes, en insistant sur les exercices de coordination et de latéralisation, mais en excluant les activités de musculation, abdominaux ou tractions.

Vient ensuite l’apprentissage des techniques, c’est un moment très attendu ! La douceur et la souplesse sont ici de rigueur. La mission pédagogique du professeur est déterminante, car les capacités de reproduction sont souvent limitées. En décomposant phase par phase, l’enfant peut ainsi évoluer aisément de l’attaque à la chute en étant toujours fortement encadré et dirigé.

En fin de cours, des katas historiques, comme Happoken kata ou Tsuki Uchi no kata, trouvent parfaitement leur place.

Les enfants ont besoin d’être valorisés et encouragés, aussi n’oublions pas de créer des situations de démonstrations, au cours desquelles le professeur insistera, par des félicitations, sur les aspects positifs de la prestation.

« Pour un enseignant, il n’est d’égal bonheur que celui d’un enfant qui, venant à sa rencontre, s’avance, hésitant, tenant dans sa main un papier plié, une enveloppe ou encore un petit paquet, que l’enfant lui tend timidement. Les yeux grands ouverts, l’enfant voir jaillir sur le visage de son professeur un éclair de bonheur à l’instant où il ouvre le présent. Ce regard innocent est, à cet instant, de joie et de fierté. Son ÊTRE déborde d’intenses émotions, celle d’exister, celle d’échanger de la reconnaissance, celle de produire de l’affection, d’être reconnu. Il EST. »*

Nous avons la chance d’avoir en France et à travers le monde un grand nombre de clubs enfants, où, sous l’initiative de professeurs dynamiques, investis et créatifs, stages et démonstrations sont souvent proposés au cours de la saison. La joie, les rires, la gaité qui émanent d’un dojo sont des moments d’intense bonheur, sachant que tout cela est toujours accompagné du plus grand sérieux et de la meilleure application.

À l’issue d’un stage enfant, notre ami Dominique Blanc-Pain** déclarait : « Le sourire qui illumine leur visage est le plus beau des remerciements, la plus belle récompense ! ».

Ces enfants représentent notre avenir, et le devoir des Yudansha est d’assurer la transmission de notre art ; transmission technique bien sûr, mais aussi historique et éthique ! Nos valeurs de partage et de fraternité doivent participer à l’édification d’un monde meilleur et d’un monde en Paix.

Pour aller plus loin, nous avons à la disposition des professeurs un recueil de jeux à proposer lors d’une séance d’entraînement. Ce livret élaboré par Daniel Bensimhon, Président de la commission enfant, se décompose en quatre catégories : jeux de coopération, d’opposition, de combat et de relaxation.

De plus, le programme de référence : « Progression technique pour enfants », élaboré par Maître Floquet, permet de conduire les enfants (comme les jeunes débutants) du 6ème au 1er kyu.

*Lettre du CERA n° 34

**Dominique Blanc-Pain, organisateur et animateur de stages enfants en ĂŽle-de-France, disparu en 2019.

Maître A.FLOQUET 9ème Dan Aïkibudo

A l’issue de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’AIKIBUDO qui s’est tenue le samedi 12 octobre 2019 après – midi, Francisco DIAS, prĂ©sident de la FFAAA, a remis le grade de 9ème dan d’Aikibudo Ă  Me Alain FLOQUET.

Ce grade avait en effet Ă©tĂ© validĂ© par la CSDGE, dans sa session de dĂ©but septembre 2019. Le comitĂ© directeur de la FFAAA-Aikibudo et les prĂ©sidents des comitĂ©s interdĂ©partementaux d’Aikibudo prĂ©sents, ont chaleureusement fĂ©licitĂ© Me FLOQUET.

Me Floquet a Ă©galement reçu la palme d’or de la FFAAA.

1959 -2009 Un jubilĂ© d’Aikibudo hors norme

A parcours exceptionnel, il fallait un Ă©vĂ©nement exceptionnel. Trois jours ! Trois jours durant lesquels plus de 350 pratiquants d’Alkibudo se sont relayĂ©s lors des diffĂ©rents cours qui ont eu lieu les 8, 9 et 10 mai 2009 Ă  l’Institut du Judo Ă  Paris pour cĂ©lĂ©brer leur « sensei », comme ils ont coutume de l’appeler, et ses 50 annĂ©es de ceinture noire. 1959-2009.

affiche du jubilé

Un jubilĂ©, comme l’a rappelĂ© Didier Ferrier, c’est d’abord un moment de joie Ă  l’occasion d’un anniversaire. Et test un demi-siècle de vie consacrĂ© Ă  la recherche et Ă  la dĂ©couverte du budo japonais qui fut l’occasion de ce joyeux rassemblement d’aĂŻkibudoka, venus des quatre coins du monde : de France bien sĂ»r, mais surtout de TchĂ©quie, de Suisse, d’Italie, du Portugal, de Lettonie, d’Ukraine, de Hollande, de Belgique, de Tunisie, du Maroc, de Russie, du Canada et mĂŞme de Nouvelle- CalĂ©donie !
Trois jours durant lesquels maître Alain Floquet et ses kodansha (les « anciens ») offrirent à tous un moment exceptionnel de pratique, de retrouvailles et de partage.

Alain Floquet et les stagiaires devant le kamiza

Un parcours hors du commun

Le 3 mars 1959, un jeune homme de 19 ans, Alain Floquet, Ă©lève de Jim Alcheik, reçoit son 1 er dan d’AĂŻkido-jujutsu du Yoseikan. Trois ans plus tard, suite Ă  la disparition prĂ©maturĂ©e et tragique de son professeur, le jeune Alain Floquet, alors plus jeune 2ème dan de France, contacte le maĂ®tre Minoru Mochizuki pour lui faire part de ses craintes d’explosion du groupe lui faire part de ses craintes d’explosion du groupe qui s’Ă©tait construit autour de Jim Alcheik. Le maĂ®tre Mochizuki propose alors la venue de son fils Hiroo pour prolonger durant quelque temps l’Ĺ’uvre initiĂ©e par Jim Alcheik.
Dès lors, l’Aikido du Yoseikan prend un essor considĂ©rable. En parallèle, l’Aikido de l’AĂŻkikai se dĂ©veloppe Ă©galement en France, notamment sous l’impulsion d’AndrĂ© Nocquet et de jeunes maitres venus du Japon. Ce petit monde se connaĂ®t, se cĂ´toie, tente parfois de travailler ensemble malgrĂ© les diffĂ©rences et parfois les oppositions. Et parmi eux, le jeune Alain Floquet se distingue dĂ©jĂ  par son talent, son charisme et ses qualitĂ©s humaines. L’un de ses plus anciens Ă©lèves, Alain Roinel, aujourd’hui 7e dan, confia un jour qu’Ă  cette Ă©poque, il y avait plĂ©thore de jeunes pratiquants passionnĂ©s d’arts martiaux, soucieux de se faire une place, d’apprendre, de dĂ©couvrir et de transmettre. Mais Alain Floquet avait quelque chose de plus, il portait en lui quelque chose d’inexplicable : une espèce de gĂ©nie.
De mĂŞme, l’un des anciens de l’AĂŻkibudo, AndrĂ© Tellier 6e dan, se plaĂ®t Ă  raconter que lorsqu’il rencontra le jeune Alain Floquet Ă  la fin des annĂ©es 1960, il fut totalement subjuguĂ©, Ă  l’occasion d’un passage de
grade, par son charisme, sa gentillesse, sa disponibilité et son sens de la pédagogie.
Dans tous les domaines des arts et de la connaissance. il est des individus qui sont douĂ©s ; mais il en est d’autres qui vont au-delĂ  mĂŞme du talent.
Ce sont des crĂ©ateurs. Alain Floquet est de cette trempe. Dès le dĂ©but, il exigea de ses pratiquants qu’ils soient des « budoka complets » , s’astreignant lui-mĂŞme Ă  une pratique quasi quotidienne de l’AĂŻkido Yoseikan, du Kendo, du KaratĂ©. En 1970, il participa avec brio aux premiers championnats du monde de Kendo Ă  Tokyo.
Grâce Ă  sa rencontre avec le maĂ®tre Minoru Mochizuki Ă  partir des annĂ©es 1970 et Ă  la relation quasi filiale qu’ils entretinrent, il se dirigea peu Ă  peu vers le budo traditionnel japonais, le Katori shintĂ´ ryu avec maĂ®tre Sugino Yoshio puis le Daito ryu Aki-jujutsu avec maĂ®tre Takeda Tokimune.
En parallèle, son expĂ©rience de terrain – et de formateur- dans la police lui permit d’avoir une approche pragmatique et rĂ©aliste du budo et une connaissance profonde du combat, tant dans sa dimension sportive que dans les situations difficiles ou Ă  risques de sa vie professionnelle.
Ainsi, lorsqu’en 1980 maĂ®tre Mochizuki demandera Ă  maĂ®tre Floquet, lors d’un cocktail organisĂ© par l’UNA FFJDA, de renommer la discipline qu’il enseignait et avait fait Ă©voluer, celui-ci choisit le terme d’ « AĂŻkibudo » art dont l’AĂŻkido-Jujutsu du Yoseikan est l’Ă©lĂ©ment structurel fondamental. MaĂ®tre Floquet reçut alors l’accord de tous les prĂ©sents et surtout de maĂ®tre Minoru Mochizuki, instant capital puisqu’il confirmait la reconnaissance accordĂ©e par le maĂ®tre et donnait toute lĂ©gitimitĂ© Ă  son art et Ă  son Ă©cole.
De fait, l’AĂŻkibudo (tradition et Ă©volution) n’est pas une « synthèse » construite sur un « mĂ©lange » de l’ensemble des enseignements dont Alain Floquet
avait bĂ©nĂ©ficiĂ© ; c’est vĂ©ritablement le fruit d’une expĂ©rience multiple, d’une dĂ©marche particulière initiĂ©e dès 1974 au sein du CERA, dont dĂ©coula un art spĂ©cifique, marquĂ© par l’expĂ©rience et la personnalitĂ© de son initiateur.
Il y a peu de temps, il indiquait lors d’une interview : « Pour comprendre comment est nĂ© l’AĂŻkibudo, il faut comprendre que c’est l’histoire d’une vie, de circonstances et d’Ă©vĂ©nements. Ce n’est en rien une compilation de diffĂ©rents arts martiaux. »
Lors du jubilĂ©, Alain Floquet a soulignĂ©, comme il l’a toujours fait, l’importance de ceux qui l’ont accompagnĂ© dans sa dĂ©marche : les plus anciens qui diffusèrent son art en France et dans le monde, ceux qui l’accompagnèrent dans la dĂ©couverte des Ă©coles traditionnelles japonaises, ou encore ceux qui, de façon indispensable, l’aidèrent Ă  faire vivre officiellement et administrativement sa pratique.
II faudrait bien plus que ces quelques pages pour dĂ©crire tout ce parcours et cette histoire, mais lorsqu’en 1990, le grand maĂ®tre Yoshio Sugino lui remit Ă  Bercy, au nom de maĂ®tre Minoru Mochizuki et de la FĂ©dĂ©ration Internationale de Nihon Budo, le 8e dan d’AĂŻkibudo et le titre de hanshi- « homme modèle », c’est le parcours d’un homme exceptionnel et son Ă©cole qui furent reconnus en tant que tels.

A Floquet et Sakai Kohe

Un art de vie

Le jubilĂ© d’Alain Floquet a donc Ă©tĂ© l’occasion de marquer ce parcours hors du commun. Pendant trois jours, au sein de l’Institut du Judo, les stages se succĂ©dèrent, rassemblant un nombre impressionnant de pratiquants. Parfois l’espace manquait mais tous avaient le sentiment de vivre un moment d’une intensitĂ© exceptionnelle. Et chaque fois, le maĂ®tre se montra  soucieux de rappeler les bases fondamentales de son enseignement. L’Aikibudo est un système cohĂ©rent physiquement et physiologiquement. Pas d’opposition, de tension, mais la recherche d’un mouvement rĂ©aliste parce qu’obĂ©issant aux lois de la physique et de la mĂ©canique corporelle. L’AĂŻkibudo est une sorte d’horlogerie et les partenaires fonctionnent comme des rouages qui s’entraĂ®nent l’un l’autre. Que ce soit dans la pratique Ă  mains nues ou avec armes, c’est toujours cette cohĂ©rence vis-Ă -vis des lois physiques et physiologiques qui doit guider le pratiquant. Le travail va toujours dans le sens d’une recherche de perfectionnement oĂą la violence et la brutalitĂ© s’effacent peu Ă  peu face Ă  la maĂ®trise des lois naturelles.
Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  le plus grand gĂ©nie de l’AĂŻkibudo ! AĂŻki et budo, deux termes a priori opposĂ©s : aĂŻki, l’union des Ă©nergies, la force vitale et crĂ©atrice qui gĂ©nère la vie ; budo, l’art martial, issu de la tradition guerrière dont le but premier Ă©tait de tuer pour survivre. L’Alkibudo est l’union de deux forces que tout semble opposer. L’art de combat devient un art de paix et canalise nos pulsions premières, parfois destructrices, pour faire un outil de communication, d’Ă©change, de partage et d’amitiĂ©.
C’est ce que rappela, non sans Ă©motion, FrĂ©dĂ©ric, le fils d’Alain Floquet, lors d’une cĂ©rĂ©monie officielle regroupant ceux qui, pour la plupart, accompagnent leur « senseĂŻ » depuis plus de vingt ans.
Cette cĂ©rĂ©monie ou « commĂ©moration martiale » a Ă©tĂ© officiellement ouverte par MM. Maxime Delhomme, prĂ©sident de la FFAAA, Didier Ferrier, prĂ©sident de la co-discipline AĂŻkibudo, Ă  l’issue d’un tir cĂ©rĂ©monial et traditionnel de Kyudo par maĂ®tre Michel Martin. ElIe s’est dĂ©roulĂ©e sous forme d’un bref historique de la vie martiale de maĂ®tre Floquet, ponctuĂ© par de nombreuses dĂ©monstrations de budo, aussi exceptionnelles les unes que les autres, sous l’Ĺ“il vigilant des reprĂ©sentants des fĂ©dĂ©rations de budo japonais comme le Judo, le KaratĂ©, le Kendo, le Kyudo, l’AĂŻkido, le Kinomichi. Un grand nombre d’experts tels qu’ AndrĂ© Bourreau et Lionel Grossain, tous deux 9e dan de Judo, maĂ®tre Noro Masamichi, l’Ă©quipe de France de KaratĂ© championne du monde kata 2008, reprĂ©sentant M. Francis Didier, prĂ©sident de la FFKA-MA, Guy Choplain, 6e dan Judo et bien d’autres, entourĂ©s de personnalitĂ©s telles que M. Kobayashi, chef de cabinet de son Excellence l’ambassadeur du Japon, M. Nakagawa Masateru, prĂ©sident de la Maison du Japon, M. Sakai KohĂ©, magistrat 1er secrĂ©taire de l’Ambassade du Japon, M. Claude Jalbert, fondateur CERA et FFAAA, M. Michel Chauveau, inspecteur Jeunesse & Sport, M. Raymond-Yves Cairaschi, reprĂ©sentant le CDOS, M. Claude Camus, prĂ©sident de I’Association Sportive de la Police de Paris, purent apprĂ©cier le portrait de maĂ®tre Floquet, relatĂ© par son fils FrĂ©dĂ©ric, qui sut avec humour, rendre cette heure et demie d’histoire on ne peut plus passionnante. Tous purent encore apprĂ©cier la magistrale InterprĂ©tation Ă  la guitare classique de Sakura par M. Philippe Etienne, yudansha d’AĂŻkibudo du club de Grigny. La cĂ©rĂ©monie fut conclue par un discours (en français !) de M. Prema Svoboda, prĂ©sident tchèque de la FIAB ainsi que d’un très touchant message d’amitiĂ© dictĂ© par le cĹ“ur d’AndrĂ© Bourreau, ancien directeur de l’Ecole Nationale de Judo de l’INS reprĂ©sentant officiellement M. J.-L. RougĂ©, prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration de Judo.

Didier Ferrier et Maxime Delhomme

L’AĂŻkibudo, plus qu’un groupe, une famille

Ă€ l’issue de cette cĂ©rĂ©monie, plus de 350 personnes se retrouvèrent gaillardement pour fĂŞter l’anniversaire du maĂ®tre au clubhouse du stade CharlĂ©ty. Ainsi, autour de grandes tables pleines de victuailles, de cotillons et de larges sourires, se sont retrouvĂ©s tous les Ă©lèves autour de leur maĂ®tre, qui allait et venait entre toutes les langues et les cultures. C’est ensuite au premier Ă©tage du bâtiment, qu’au travers d’un chemin dessinĂ© par ses Ă©lèves, maĂ®tre Floquet souffla par dessus 18 gâteaux ses 50 bougies d’anniversaire ! Et comment ne pas avoir une pensĂ©e Ă©mue pour celle qui, depuis 1959, accompagne sans relâche son Ă©poux dans cette aventure… et oui, il fut offert Ă  maĂ®tre Floquet et son Ă©pouse un deuxième voyage de noces pour leurs 50 annĂ©es de mariage!
Ă€ l’issue des trois jours, un dernier cours fut proposĂ© pour les hauts gradĂ©s. Alain Floquet, visiblement inspirĂ© par ces trois jours festifs, rappela aux anciens le sens de son message : l’amitiĂ©, la paix, le partage.
Quel que soit notre grade, il faut toujours pratiquer, chercher et progresser avec humilitĂ© : « Nous devons toujours retourner aux bases, aux fondements, Ă  l’essentiel et accepter de redĂ©couvrir, rĂ©apprendre chaque chose comme un simple dĂ©butant, quel que soit notre niveau ».
Ceux qui ont la chance de cĂ´toyer Alain Floquet d’assez près savent qu’il est un homme simple, avec ses qualitĂ©s, ses dĂ©fauts et peut-ĂŞtre mĂŞme ses failles, mais tellement humain. Rien de son parcours et de son expĂ©rience, pourtant exceptionnels, n’a altĂ©rĂ© sa simplicitĂ© et son humanitĂ©, Ă  l’instar de feu maĂ®tre Takeda Tokimune qui, apprenant que le secrĂ©taire de son dojo avait demandĂ© Ă  Alain Floquet et ses Ă©lèves de venir sur le tatami avec une ceinture blanche, arbora lui-mĂŞme la tenue du dĂ©butant, saluant ainsi au mĂŞme niveau ceux qu’il accueillait chez lui. C’est la mĂŞme simplicitĂ© et la mĂŞme gentillesse qui transpirent de ces trois jours et on ne peut que remercier son organisatrice FrĂ©dĂ©rika Plattner et son Ă©quipe d’organisateurs, Camille Linglin, Michel Serafin, FrĂ©dĂ©ric Floquet et Jean-Marc Epelbaum d’avoir orchestrĂ© si brillamment l’Ă©vĂ©nement et de nous avoir permis de partager un moment si intense.

Masamichi Noro et son fils Takeharu avec Alain Roinel

Claude Jalbert

Ura No Kata : une histoire de renversement

Ura No Kata, n’est pas comme on l’entend souvent, un kata de contre. Maitre Alain floquet s’explique

Maitre, quelles sont les origines de Ura No Kata ?
Ura No Kata figurait dans le programme AĂŻkido-Jujutsu du YoseĂŻkan des annĂ©es 60. Je ne peux pas dire s’il y figurait antĂ©rieurement car je n’ai jamais vu Jim Alcheik le pratiquer. C’est Hiroo Mochizuki qui avait introduit en France, en 1963, les premiers Ă©lĂ©ments de ce Kata qui, au Japon, Ă©tait plutĂ´t de style Judo. A partir de 1963, c’est ensemble que nous l’avons mis en forme, et c’est cette forme que j’ai prĂ©servĂ©e dans le programme AĂŻkibudo.
La forme quelque peu « Judo » de ce Kata Ă©tait bien dans le style du maĂ®tre Minoru Mochizuki. Je suppose que son objectif Ă©tait, lors de sa crĂ©ation, la transmission d’un certain nombre de Kaeshi Wasa, ou tout au moins la transmission de l’idĂ©e du Kaeshi Wasa. En tout cas, c’est ainsi que je l’apprĂ©cie.

LittĂ©ralement, que signifie « ura No Kata », et pourquoi ne pas l’avoir nommĂ© « Kaeshi No Kata » ?
LittĂ©ralement, « No Kata » signifie : « Le Kata de… » et ‘ ‘Ura » signifie: « revers ».
Cela ne veut pas dire grand-chose. Peut-ĂŞtre faudrait-il traduire ‘ ‘Ura » par « contraire », comme nous le faisions dans le passĂ©, ou bien encore considĂ©rer « revers-Ura » par opposition Ă  « avers-Omote », « face », le Kata des contraires. Ce qui sous-tendrait qu’il y ait toujours deux cĂ´tĂ©s, qu’une action ait son contraire.
Le nom actuellement employé au Yoseïkan de Shizuoka est « Hyori Ichi Jo No Kata », que je traduirais par « Ura-Omote, une seule et même chose ». Ce nom est, certes, plus complet que celui de « Ura No Kata » mais, cependant, pas plus explicite.
En fait, dans ce Kata, qu’est-ce que l’on pratique et dĂ©montre ? Des retournements ou renversements de situations. Il serait donc tout Ă  fait logique de le nommer : « Kaeshi Wasa No Kata ». Mais tout comme la quasi-totalitĂ© du programme AĂŻkibudo, j’ai choisi de prĂ©server le nom d’origine YoseĂŻkan, Ă  priori par fidĂ©litĂ©, reconnaissance et respect pour le MaĂ®tre Minoru Mochizuki, puis, en second lieu, pour ne pas dĂ©router les anciens. Mais dans l’avenir, pourquoi pas…

Comment concevez-vous le Kaeshi Waza ?
Pour ĂŞtre prĂ©cis, je dirais : « suite Ă  la faiblesse de rĂ©alisation d’une technique qu’on lui porte, l’exĂ©cutant saisit l’opportunitĂ© que lui offre la dynamique des mouvements en cours pour renverser la situation, en enchaĂ®nant par le mouvement qu’il ressent comme Ă©tant le plus appropriĂ© Ă  la circonstance ».
Je conçois le Kaeshi Wasa bien plus comme un concept, un principe (voire une mĂ©thode), que comme une technique, et, dans l’esprit de ce concept, le Kaeshi Wasa s’applique indiffĂ©remment aux deux parties en action, soit en renversement de l’action adverse sur la base de failles techniques (et non en contre), soit en renversement d’une situation d’Ă©chec, rĂ©sultant, par exemple, d’une faute de dĂ©placement, de placement ou de technique, en situation de rĂ©ussite, par une nouvelle action effectuĂ©e dans le cours naturel de la dynamique des actions en cours, sans opposition.
RĂ©pĂ©tons que, dans l’esprit, il ne doit y avoir, en Kaeshi Wasa, ni opposition, ni blocage ou lutte. Cependant, le Kata, qui s’exĂ©cute dans la forme de la distance Chika Ma, doit exprimer la puissance au travers des saisies appliquĂ©es ou des techniques effectuĂ©es. Il n’y a pas contradiction car si la saisie est puissante, le Kaeshi Wasa est fluide.
Ces deux notions « puissance et fluidité », qui ne sont pas antinomiques, s’alternent tout au long du Kata dans les actions successives des deux partenaires. Chacun d’eux exĂ©cute tour Ă  tour une saisie puissante et un dĂ©gagement fluide jusqu’Ă  la projection de conclusion, le Kata Nage, qui est le dernier Kaeshi Wasa et le seul mouvement abouti de ce Kata.
Les exécutants doivent exprimer, dans leur présentation du Kata, beaucoup de Kime. Le maintien du Kime favorise celui de la concentration, du Zanshin, la vigilance.
Ce Kata a donc pour objet de fixer un certain nombre de Kaeshi Wasa et, au travers de ces quelques Kaeshi de base, de fixer, de prĂ©server et d’enseigner le concept du Kaeshi ainsi que son principe d’application.
Dans ce Kata sont réunies certaines composantes de la pratique de base Aïkibudo : éducatifs, Te. Hodoki, techniques de premier dan et même Kata Nage du programme de quatrième dan.
J’ajouterai que, en plus de leur rĂ´le de transmission des connaissances anciennes, ces Kata sont de prĂ©cieux outils pĂ©dagogiques pour la pratique ordinaire, car ils mettent en Ĺ“uvre des techniques courantes associĂ©es Ă  des Ă©lĂ©ments fondamentaux de l’Ă©tat d’esprit de la pratique martiale. En effet, cette pratique permet de lutter contre le laisser-aller qui rĂ©sulte des habitudes de pratique en salle oĂą, trop rapidement, le travail se vide d’engagement et perd de son sens martial, la forme de corps se relâche.

Ce Kata fait partie du programme du 4e dan (ndlr : dĂ©sormais au 2ème dan ), nĂ©anmoins, pensez-vous qu’il puisse ĂŞtre enseignĂ© 6 tous les niveaux ? Son enseignement ne doit-il pas ĂŞtre replacĂ© dans la finalitĂ© de l’Aikibudo qui est de conserver l’unitĂ© et non pas d’amener une rupture dans l’Ă©change, ce qui arrive lorsque l’on cherche « contrer » ?
Dès les dĂ©buts, il est enseignĂ© qu’en AĂŻkibudo il n’y a ni opposition, ni contre, que la technique s’applique de manière systĂ©matique sur une attaque initiale et non dans un Ă©change de coups ou dans une lutte d’opposition.
Une attaque = une technique de dĂ©fense. Logiquement, si l’enseignement est correctement prodiguĂ©, dès les premières sĂ©ances, l’Ă©lève est conduit sur le chemin de la canalisation des forces adverses.
D’ ailleurs, l’enseignement des Te Hodoki apportera la première expĂ©rience de cette voie oĂą l’Ă©lève dĂ©couvrira que l’opposition de force conduit Ă  l’Ă©chec du dĂ©gagement.
Il n’y aurait donc pas d’impossibilitĂ© pĂ©dagogique majeure Ă  enseigner le Kaeshi dans le programme du Ier dan.
Cependant, comme le Kaeshi Wasa est un outil de contrĂ´le sur l’exĂ©cution de la technique, donc de maĂ®trise, il est stratĂ©giquement et pĂ©dagogiquement normal, pour Ă©viter qu’il soit dĂ©tournĂ© de son but, mal exploitĂ©, ou cause de confusion, de le rĂ©server Ă  l’usage des pratiquants expĂ©rimentĂ©s.

Ce Kata peut paraitre hachĂ© dans son expression parce qu’il y a des moments prĂ©cis oĂą l’on s’arrĂŞte afin de marquer une contrainte, qu’en pensez-vous ?
C’est vrai, mais c’est une impression visuelle due Ă  l’image que projette Seme dans la fermetĂ© de sa saisie qui va aller jusqu’au verrouillage. Cependant Nage n’est pas, en cet instant de saisie, physiologiquement Ă  l’arrĂŞt. Les Ă©lĂ©ments de son corps soumis Ă  la saisie et Ă  la force adverse se placent pour la dĂ©viation de celles-ci ; les jambes, les hanches, le Seika Tanden sont Ă©galement en mouvement et concourent Ă  la dĂ©viation.
Soulignons que Seme doit donner cette image de puissance et d’effort. Nage aussi devrait marquer cet instant oĂą il reçoit la force adverse et ressent le contrĂ´le articulaire de la prise.

Le Kata parait scindé en deux parties, est-ce exact ?
II y a effectivement une rupture de contact Ă  un moment donnĂ© sur le dĂ©gagement de Do Gaeshi, mais ce n’est pas une rupture de Zanshin. S’il y a sĂ©paration physique, il y a une continuitĂ© mentale du Kata. La remise en Ĺ“uvre, la reprise de contact se fait par l’intervention d’une autre attaque.
Par ailleurs, dans ce Kata l’Ă©nergie est mobilisĂ©e, Ă  l’image de la houle marine, dans le corps ; temps forts et temps fluides se succèdent. On y exprime la force, la dĂ©viation de cette force, le mouvement de renversement de la force, mais sur le plan du film du dĂ©roulement mental du Kata, il n’y a pas d’arrĂŞt.

Est-ce important de le réaliser en ligne ?
Non, il pourrait se faire autrement, mais il est classé dans les Kata en ligne. Dans cette forme, il oblige les partenaires à se repositionner à chaque mouvement de manière stricte et rigoureuse.

propos recueillis par Marie-JosĂ© Mallet (lettre du CERA n°20 – 1998, semestre 1